| Lors de cette conférence, Gianni Vattimo reprenait son concept de pensée faible, le seul qui à son avis permette aujourd'hui de «penser l'événement» sans tomber dans les apories des deux tendances antinomiques actuelles, à savoir : l'idée de l'éternel retour nietzschéen et la pensée tragique (l'événement comme coupure radicale). Le professeur de l'Université de Turin, que nous pouvons considérer comme l'un des plus grands philosophes italiens, poursuit son apologie du nihilisme, telle qu'il la développe depuis plusieurs années. Toutefois, son intérêt pour l'analyse de «l'art postmoderne» s'est déplacé aujourd'hui vers un questionnement sur l'expérience religieuse. Il vient d'ailleurs de publier, en 1998, un ouvrage intitulé Espérer croire (Seuil)1. Gad Soussana, qui proposait le thème et animait la rencontre, semble amorcer une série de conférences articulées autour de la problématique de l'événement. On se souviendra du séminaire public qu'il organisait l'an passé à Montréal au Centre canadien d'architecture (avril 1997), où il invitait Jacques Derrida à répondre à la question « Dire l'événement, est-ce possible ? »2. Cette continuité n'étonne pas, quand on sait que le travail de Vattimo n'est pas étranger à celui de Derrida, ne serait-ce que par cette démarche inscrite sous le signe d'une philosophie post-métaphysique. Précisons toutefois que Vattimo se démarque de plus en plus de la pensée de Derrida en réaffirmant son héritage culturel et théorique. Théorique, car contrairement à Derrida et à Deleuze, il souhaite une pensée qui tienne compte de l'historicité. Culturel, car il insiste sur le fait que sa formation religieuse est catholique; et de fait, il établit ainsi une autre différence entre lui et des philosophes de tradition hébraïque comme Derrida et Lévinas. 1. Voir notre analyse à ce sujet. 2. Voir notre texte à ce sujet. Voir version intégrale de l'analyse Christine Bernier |